Une étude récente met en lumière un faible impact à long terme des travaux de rénovation énergétique et d’isolation sur les économies d’énergie. De quoi douter de leur efficacité ? Lionel et Samuel Politi, dirigeants d’ACTIV, appellent à faire la part des choses entre les aspects techniques et humains.

Bonnes pratiques et performance énergétique

L’efficacité à long terme des travaux d’isolation sur les économies d’énergie est remise en cause par une étude réalisée en Angleterre et au Pays de Galles par Energy Economics. Risquons-nous d’observer la même chose en France ?

Lionel Politi : Oui, d’ailleurs une étude de l’Ademe en 2021 a aussi donné des résultats convergents. En France, 75% des travaux de rénovation réalisés au cours des 10 années précédentes n’ont pas généré les économies d’énergie espérées.

Selon l’étude anglaise, l’isolation des combles ou des murs extérieurs aboutit effectivement à une réduction à court terme de la consommation de gaz des ménages. Mais ces économies disparaissent au bout de deux à quatre ans. Elle suggère que les causes seraient surtout comportementales.

Lionel Politi : Dans la majorité des cas, la performance technique de l’isolation n’est pas en cause, ce sont effectivement les comportements humains qui doivent s’adapter. Plusieurs raisons peuvent expliquer ces échecs apparents. Le rapport de l’Ademe souligne que la première motivation pour réaliser des travaux est d’améliorer le confort de l’habitation. Et cet objectif est satisfait dans plus de 80% des cas. Pour la plupart des gens, la dimension “économies d’énergie” passe au second plan.

Samuel Politi : Sur le plan technique, l’Ademe montre que les rénovations sont souvent incomplètes et que la logique de leur déroulement est assez largement ignorée. Cela tend aussi à limiter l’efficacité énergétique des opérations.

Il est aujourd’hui de notoriété publique que la politique “Isolation à 1 €” a créé un appel d’air pour de nombreuses entreprises peu scrupuleuses. Ces dernières ont réalisé des chantiers de piètre qualité. Ce dispositif a été supprimé en juillet 2021 et les aides à l’isolation ne sont aujourd’hui distribuées que si l’entreprise qui la réalise est qualifiée RGE. Cela démontre qu’elle détient les compétences pour une réalisation durable et performante. La qualité générale des chantiers devrait s’en trouver améliorée.

Le confort prime sur les économies d’énergie

L’étude d’Energy Economics suggère également l’existence d’un effet “rebond”, c’est-à-dire une réduction des économies attendues en raison de réactions comportementales ou d’autres interactions systémiques. Cela concerne particulièrement les ménages à bas revenus, qui pourtant bénéficient des aides les plus importantes.

Lionel Politi : L’adoption de mesures d’efficacité énergétique peut se vivre sous plusieurs aspects : celui de la réduction des émissions et des économies d’énergie, ou bien celui du gain de confort. Or, comme le montre l’étude de l’Ademe, pour la plupart des gens, c’est le confort qui prime !

Il est malheureusement fréquent d’observer que, dans des logements où l’isolation a été refaite, les comportements ne s’adaptent pas. Par exemple, les occupants préfèrent ouvrir les fenêtres lorsqu’il fait trop chaud plutôt que de baisser le chauffage.

Quant aux ménages à faibles revenus, ils sont nombreux à vivre en état de précarité énergétique dans une passoire thermique. Dans leur cas, et c’est une bonne nouvelle, l’isolation permet surtout de gagner en confort à budget constant, plutôt que de réaliser des économies à confort constant.

L’utilité des incitations à l’amélioration de l’efficacité énergétique des logements se trouve-t-elle remise en cause ?

Samuel Politi : Non, pas du tout. Le secteur des bâtiments est responsable d’un tiers de la consommation finale totale d’énergie (TFC) dans le monde. En France, les bâtiments résidentiels et tertiaires représentent 42% de la consommation d’énergie finale et 18% des émissions de CO2.

Ce sont des paramètres sur lesquels il est “facile” d’agir. Des solutions techniquement et économiquement matures existent qui permettent de réduire les besoins énergétiques et les émissions des habitations.

La France compte plus de 20 millions de logements dont l’efficacité énergétique n’est pas optimale. Pour atteindre la neutralité carbone en 2050, il est clair que la rénovation de ce parc résidentiel reste un passage obligé. Et ce, précisément parce qu’elle permet de réduire la demande en énergie tout en préservant un minimum de confort.

Prioriser les travaux d’isolation pour assurer l’efficacité de la rénovation

La rénovation énergétique des bâtiments implique des travaux importants sur plusieurs postes : isolation, ouvertures, ventilation, chauffage… Par quoi vaut-il mieux commencer ?

Lionel Politi : Chez ACTIV, nous considérons la rénovation énergétique d’une habitation comme un tout. Les différents aspects mentionnés s’influencent mutuellement. Pour garantir que l’habitation atteint ou se rapproche des classes A ou B du DPE (diagnostic de performance énergétique), il est nécessaire de suivre un ordre logique.

Il s’agit tout d’abord de remédier aux faiblesses de l’enveloppe du bâtiment. Schématiquement, on commence par l’isolation de la toiture et des murs. Viennent ensuite les menuiseries et la ventilation, qu’il vaut mieux traiter ensemble. L’isolation du sous-sol constitue un bon complément. Ce n’est qu’ensuite que l’on s’intéresse au système de chauffage, car l’action sur les cinq autres postes réduit fortement les besoins d’apports de chaleur.

Compte tenu de l’aléa humain, comment faire pour pérenniser les économies d’énergie obtenues ?

Lionel Politi : Pour notre part, nous considérons comme notre devoir d’informer nos clients sur les pratiques à adopter ou à éviter après rénovation, lors de la phase d’élaboration du projet et lors de sa réception à la fin des travaux.

Mais l’étude d’Energy Economics montre que des relais sont nécessaires dans la durée. Se contenter d’encourager les gens à moins consommer et à faire des économies est improductif, du moins tant que cela se fait au détriment de la satisfaction du bien-être. L’aspiration des gens au confort est légitime, particulièrement dans le cas des ménages à bas revenus.

Samuel Politi : Sans doute faut-il que les politiques de soutien à la rénovation énergétique tiennent davantage compte du facteur humain pour maintenir les effets à long terme. Par exemple, par des incitations, ou en récompensant mieux les comportements adaptés.

Accéder à l’étude Energy Economics

Accéder à l’étude de l’Ademe

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